Comment vendre ses produits aux détaillants : le guide pour créatrices de produits

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boutique physique représentant le guide pour vendre ses produits aux détaillants

Cet article s’appuie sur mon expérience terrain comme représentante des ventes auprès de boutiques et de créatrices de produits.

Tu vends tes chandelles, tes savons ou tes bijoux depuis quelques années. Ta boutique en ligne tourne, tu as tes marchés, tes clientes fidèles. Puis quelqu’un te demande : « Tu vends dans des boutiques physiques ? »

Là, tu réalises que la question est plus compliquée qu’elle en a l’air.

Parce que vendre à des détaillants, ça demande une structure de prix, une stratégie d’approche, et une compréhension des deux modèles qui existent. Cet article t’explique les deux.

Les deux façons de vendre en boutique

Avant de frapper à la première porte, il faut comprendre qu’il existe deux modèles bien distincts. Les confondre coûte cher.

La vente en gros

Dans le monde des affaires, on appelle ça du B2B, soit vendre à une entreprise plutôt qu’à un consommateur final. La boutique t’achète tes produits à l’avance, à prix de gros, soit une marge de profit intéressante pour elle. Elle paie, elle reçoit, elle vend à ses clients au même prix que tu charges toi-même, normalement (certaines boutiques choisissent de vendre plus cher pour avoir une plus grosse marge de profit, mais à ce moment vous vous faites compétition. On y revient plus loin). Ton argent rentre dès la commande, que les produits se vendent vite ou qu’ils restent sur les tablettes de la boutique (ce n’est jamais ce que l’on souhaite). Leur marge tourne normalement entre 35 et 50%.

C’est le modèle le plus avantageux pour toi : le risque d’invendu appartient à la boutique.

Le dépôt-vente (consignation)

Tu déposes tes produits en boutique sans être payée immédiatement. La boutique vend, puis te remet ta part après avoir déduit sa commission. Si rien ne se vend, tu reprends tes produits.

La commission tourne généralement entre 30 % et 40 % du prix de vente.

Le dépôt-vente donne accès à des boutiques qui n’auraient pas pris de risque autrement. Par contre, ton argent reste en attente, et une partie du risque d’invendu te revient. En plus, comme la boutique n’a pas de risque de son côté, il se peut qu’elle fasse moins d’action pour vendre tes produits. Que se passe-t-il aussi s’il y a eu un mauvais entretien ou si un client casse le produit ? Ce sont des réflexions à avoir.

Comment fixer ton prix de gros sans te nuire

C’est ici que la majorité des créatrices font une erreur qui leur coûte cher : elles calculent leur prix de gros comme si c’était simplement « moins cher que le prix régulier ».

La formule correcte : prix de gros = coût de revient total + ta marge.

Le coût de revient, c’est tout : matières premières, emballage, ton temps de fabrication, les frais fixes répartis par unité produite. Ta marge à toi se calcule sur ce coût.

Le détaillant, lui, achète à ton prix de gros et revend au même prix que tu affiches dans ta propre boutique. Sa marge à lui vient de la différence entre ce qu’il a payé et ce qu’il encaisse lors de la vente. En vente en gros, cette marge tourne typiquement autour de 35 à 50 %.

Ça signifie que tu dois structurer ton prix de gros en partant de ton prix de vente au public, pas l’inverse. Si tu vends ta chandelle 40 $ sur ton site, et que la boutique veut une marge de 40 %, elle va t’acheter à 24 $. Si tu ne peux pas vendre à 24 $ tout en faisant du profit, tu as un problème de structure de prix à régler avant d’aller plus loin.

Pourquoi le même prix que toi ?

Parce que si la boutique affiche ton produit moins cher que toi, ça mine ta marque. Si elle l’affiche plus cher, ses clientes vont acheter directement chez toi. La cohérence des prix entre tes canaux protège tout le monde, et c’est une convention que la majorité des boutiques respectent. La valeur perçue de tes produits en dépend aussi, comme je l’explique dans cet article.

Pour la consignation, le calcul est différent

Le prix de vente affiché en boutique doit être le même que chez toi. La boutique prend ensuite 30 à 40 % de ce montant comme commission. Le revenu par unité vendue est comparable à la vente en gros, mais ton argent n’entre qu’au moment de la vente. Si les produits restent en tablette, tu attends, et une partie du risque d’invendu te revient. C’est à intégrer dans ta structure dès le départ.

Trouver la bonne boutique avant de cogner

Approcher n’importe quelle boutique parce qu’elle vend des produits locaux, c’est une perte de temps pour tout le monde.

La bonne boutique, c’est celle dont la clientèle ressemble déjà à ta clientèle idéale. Demande-toi : qui achète là? Qu’est-ce qu’elle cherche? Est-ce que mes produits ont leur place dans cet univers?

Avant de contacter une boutique, visite-la. En personne si possible, en ligne autrement. Regarde ce qu’elle vend, à quel prix, dans quel style. Si tu y vois tes produits naturellement, tu es au bon endroit.

Ce que tu dois préparer avant ton premier rendez-vous

Un propriétaire de boutique a besoin de voir que tu es structurée et prête à livrer. Voici ce qu’il faut avoir.

Un catalogue. Photos soignées de tes produits, descriptions, prix de gros, quantités minimales de commande, délais de livraison. Quelques pages, idéalement pas un document de vingt pages.

Des échantillons. Rien ne remplace le produit physique entre les mains du propriétaire. Par contre, si tu contactes la boutique par courriel, assure-toi de son intérêt avant de lui faire parvenir quoi que ce soit.

Un bon de commande. Avec les codes produits, les prix de gros, les prix de vente suggérés au consommateur, tes conditions de paiement, et les détails logistiques : qui assume les frais de livraison, dans quels délais, et quelle est ta politique en cas de bris ou de marchandise endommagée à la réception. Ces deux points semblent de la paperasse administrative, mais ils évitent des conflits qui peuvent coûter une relation d’affaires.

Tes statistiques de réseaux sociaux, si tu en as. Une boutique qui voit que tu as une communauté engagée sera plus encline à parier sur toi — ça lui confirme qu’il y a déjà une demande pour ce que tu fais.

Un contrat, ou du moins les grandes lignes d’une entente. Indispensable pour la consignation. Ce document précise la durée, la commission, le prix de vente, la responsabilité en cas de perte ou de bris, et les modalités de reprise des invendus. Pour la vente en gros, tes conditions de vente sur ton bon de commande font office de contrat, mais ce sont toujours des informations pertinentes à donner d’emblée.

Les erreurs qui coûtent cher

Calculer la commission de consignation après coup. Si tu fixes ton prix sans avoir prévu la commission de la boutique dans ta structure, tu risques de te retrouver avec un revenu net qui ne couvre pas tes coûts.

Ne pas avoir de contrat écrit. Les ententes verbales s’oublient. Un document simple protège les deux parties.

Choisir une boutique qui ne rejoint pas ta clientèle. Tes cosmétiques naturels de luxe dans une boutique cadeaux bon marché, ça ne fonctionnera pas. La boutique perdra confiance en toi, et toi tu perdras ton inventaire pour rien.

Accepter n’importe quel détaillant parce qu’on t’a dit oui. Sois sélective : avoir le bon point de vente vaut bien plus qu’en avoir plusieurs mauvais. Par contre, je sais pertinemment qu’un point de vente peut sembler super avec ce qu’on voit sur les réseaux sociaux, mais qu’au final la relation ne se déroule pas comme prévu.

Avoir des prix incohérents d’un canal à l’autre. Neuf fois sur dix, ton produit est bon. C’est ce qui l’entoure qui fait la différence. Un consommateur qui voit ton produit en boutique à un prix différent de ce que tu affiches toi-même va se poser des questions. La boutique aussi.

Vendre à des détaillants, c’est une avenue de croissance solide. Ça augmente ta visibilité, ça touche une clientèle que tu n’aurais peut-être jamais rejointe seule. Mais ça se prépare, ça se calcule, ça se structure. Ce n’est pas la même approche que de vendre au consommateur directement.

Si tu veux faire le point sur tes prix, ta stratégie de distribution ou ta structure d’entreprise avant d’aller cogner à la porte d’une boutique, c’est exactement le genre de travail qu’on fait ensemble en audit.

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Sources

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